LE CAMP DE STRUTHOF-NATZWEILER

par Miloslav Bilik


Remarques:

Readers wishing to read an English translation of this work can find it here.
Version anglaise par Michael Stein

Voir également le livre "The Struthof Album" par Jean-Claude Pressac.


Dans la critique actuelle des documents et témoignages relatifs à l'Holocauste par les soi-disant révisionnistes (le terme de «dénégateurs» semble mieux approprié, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de nier la véracité de l'ensemble des documents et témoignages), ce qui est relatif à l'existence des chambres à gaz est un point particulièrement sensible.

En effet, ces négationnistes aux allures vertueuses, prétendant vouloir simplement rétablir la vérité historique, veulent en fait banaliser le crime en expliquant l'énorme quantité de morts par les nécessités de la guerre et en renvoyant les belligérants, Alliés et forces de l'Axe, dos à dos dans une responsabilité commune.

En fait, ils ne cherchent qu'à réhabiliter le régime Nazi en s'efforçant d'effacer ce qu'il a commis de plus injustifiable. Evidemment, le régime hitlérien était une dictature très dure, internant toute opposition dans des camps de «rééducation»; dès 1933, violant quantité de traités internationaux à commencer par celui de non-belligérance, spoliant les Juifs de leurs biens, de leurs droits de citoyens et finalement de la qualité d'êtres humains.

Mais la partie la plus visible, la plus voyante est naturellement l'extermination en masse des Juifs et tout spécialement celle qui a utilisé comme moyen les gazages. Dans ce cas, on ne peut évoquer la nécessité ou les vicissitudes de la guerre : on tue en masse et sans nécessité apparente, des vieillards, des enfants, - et bien sûr aussi des adultes en bonne santé - pas en raison de leur actes, pas à cause d’une menace visible.

On les a tout simplement tués parce qu’ils sont nés, qu’ils ont existé et devaient cesser d’exister. Voilà le grand secret que les négationnistes veulent « réviser ».

Croire que les négationnistes n'ont aucune arrière-pensée politique serait tout à fait naïf. Sauf quelques égarés, ou des éléments vite mis à l'écart de leurs communautés (journaux, sites Web) ils ont en commun l'antisémitisme, la volonté de rétablir un régime fasciste; le leader de l'extrême-droite allemand est un ancien Waffen-SS; le leader de l'extrême-droite française a parmi ses principaux collaborateurs (c'est le cas de le dire) d'anciens Waffen-SS ou d'anciens membres de la LVF (ligue des volontaires français contre le bolchevisme, qui ont combattu les Soviétiques avec les Allemands pendant la seconde guerre mondiale). Léon Degrelle (créateur de la Division SS Wallonie) réfugié en Espagne jusqu'à sa mort, était un ami de JM Le Pen, et lors d'une soirée d'élection était invitée la soeur du célèbre «révisionniste» Faurisson. De plus, les mouvements d'extrême-droite s'organisent, et le leader français expliquait encore récemment lors d'une interview qu'il cherchait à créer une association regroupant l'ensemble des mouvements européens, autant dire: une Internationale Fasciste, qui semble bien se développer.

Pour les négationnistes voulant favoriser le renouveau néo-nazi, la contestation des gazages est donc une priorité. Et effectivement ils contestent pied à pied l'idée même que l'Allemagne hitlérienne ait commis quelque tuerie et à plus forte raison des gazages ou tueries en masse de personnes, femmes, enfants, vieillards, ayant pour seul tort d'être nées Juives.

La tâche est difficile; ils évoquent donc pour tous les camps d'extermination le trucage des preuves par les communistes, l'extorsion des témoignages par la torture pour les S.S. et une sorte de solidarité des Juifs rescapés qui partout et sans se consulter, se seraient tous mis à mentir, ou exagérer, trois ans avant même qu'il n'existe, pour favoriser la création future d'un état israélien. Les non-Juifs rescapés, n'étant pas morts, n'ont aucun témoignage utile à apporter..

Je n'insisterai pas, car la solidité des témoignages et des preuves naît de leur multiplicité et de leur convergence: tel document retrouvé par les Britanniques est une lettre de réponse à une autre retrouvée par les Russes; les rescapés recueillis par les Russes ne disent pas autre chose que ceux de Bergen-Belsen, et il est bien évident que les Britanniques n'avaient aucun intérêt à favoriser eux-mêmes les événements qui allaient suivre en Palestine les années suivantes où la guerre froide allait de plus apparaître et rendre impossible un «trucage» commun des documents.

Il est un camp, qui n'était pas à proprement parler un camp d'extermination directe (mais indirecte, par un travail si dur que peu ont survécu), et qui était équipé d'une chambre à gaz où quelques gazages ont eu lieu, tout particulièrement celui de près de cent Juifs sélectionnés à Auschwitz.

La particularité de ce camp est d'avoir été situé en France, sur le versant alsacien des Vosges, et qu'il a été évacué de façon très rapide par les Allemands, devant l'avancée inattendue des forces alliées: les Allemands n'ont pas eu le temps, comme presque partout ailleurs, de détruire les documents et les bâtiments compromettants; sa chambre à gaz qui était d'abord affectée à l'entraînement au port de masques à gaz par les S.S., a retrouvé sa destination d'origine avant que le camp soit libéré; elle est restée à peu près intacte par rapport à l'époque des gazages homicides.

De plus, la percée extrêmement rapide de la division Leclerc et la libération de Strasbourg a laissé encore moins de temps aux Allemands: du coup, on a retrouvé à Strasbourg les corps des juifs gazés, et quantité d'autres documents compromettants.

Enfin, ce camp et Strasbourg ont été libérés deux mois avant Auschwitz: les témoignages sont d'une véracité impossible à mettre en doute quand certains éléments matériels jusqu'ici totalement inconnus, y sont précisés.

En substance, ce camp rassemble tous les éléments dont les néo-nazis déguisés en «révisionnistes» nient l'existence: la chambre à gaz; les documents concernant le gazage de juifs depuis la préparation de la sélection de juifs à Auschwitz, en passant par les modalités de préparation des gazages; les cadavres eux-mêmes, avec les documents les concernant, incluant même un courrier demandant s'il faut les détruire devant l'avance alliée, les rapatrier en Allemagne, ou les maquiller en pièces anatomiques; et les témoignages de détenus, d'employés civils, les aveux de S.S. et des gardes.

On peut se demander quelle preuve supplémentaire est possible, quand on possède le mobile, des témoignages n'ayant pu être truqués, les aveux, les cadavres, et le dispositif ayant servi aux meurtres.

Ce camp, c'est celui du Struthof, lieu-dit de la commune de Natzweiler (ou Natzwiller selon l'orthographe allemande), près de Schirmeck. Les Français n'aiment pas ce nom de Natzweiler qui est celui de leur commune, et pour ne pas salir leur nom lui préfèrent celui de Struthof qui est celui du lieu-dit situé quelques kilomètres au-dessus, le lieu réel où ceci a eu lieu; cependant, la correspondance allemande préfère naturellement le lieu officiel: Natzwiller (orthographe allemande) ou Natzweiler, puisque c'est le nom du territoire communal.

Ces pages visent à présenter ce qu'était le camp du Struthof. Nous avons repris scrupuleusement quelques-uns des documents qui ont été publiés à cette époque et un peu plus tard. Vous pourrez noter des contradictions, des inexactitudes: c'est le lot des documents historiques et des témoignages de pouvoir se contredire sur certains points. Sur la révolution française et encore aujourd'hui, on peut discuter sur ce qui est arrivé à Robespierre en Thermidor: a-t-il voulu se suicider, a-t-il été blessé par un gendarme ? Mais personne ne conteste qu'il a été blessé avant d'être guillotiné, le jour même.

Vous trouverez ici les mêmes incertitudes de détail; des témoins peut-être exagèrent leur action, et s'ils ont vu beaucoup de choses, ils gâtent leur témoignage en indiquant des choses qu'ils n'ont pas directement vues, les ayant sues plus tard sans qu'elles ne soient fausses pour autant; d'autres (Allemands, gardes) minimisent leur rôle de peur d'être inculpés; des rapports rédigés hâtivement sont erronés sur plusieurs points, excessifs souvent faute de temps pour mener l'examen contradictoire sereinement; les responsables passant aux aveux tentent d'y glisser des impossibilités pour pouvoir éventuellement prétendre qu'ils ont été extorqués par la force, tandis que ceux qui les interrogent tentent d'obtenir des détails matériels (quitte même à les suggérer dans des cas aberrants) qu'ils espèrent vérifier plus tard, pour renforcer la valeur de l'aveu. C'est encore ainsi aujourd'hui que se déroulent les procès criminels, avec l'incertitude de leur témoignage, mais permettant de se forger une solide conviction intime.

Vous verrez vous-même comment tous les documents et témoignages finissent par concorder pour donner cette vision d'ensemble: on a gazé 86 juifs dans ce camp pour constituer une collection de squelettes «typiquement juifs», avec la bénédiction de Himmler qui cherchait à étudier «scientifiquement» les traits «raciaux».

Vous trouverez dans ce qui suit avec de temps à autre quelques commentaires personnels:

  1. un document du Ministère de l'Information Français en date du 8 septembre 1945
  2. un plan du camp avec quelques commentaires
  3. des extraits des deux aveux de Joseph Kramer, commandant de ce camp à l'époque des gazages;
  4. des commentaires sur quelques éléments de preuve: le Bautagebuch, la disparition des tatouages;
  5. des extraits de la correspondance entre les différents services allemands concernés
  6. les moyens du meurtre: quelques clichés de la chambre à gaz, des extraits de documents.
  7. quelques photos montrant les résultats: des corps de l'Institut, et une conclusion résumant les pièces extrêmement lourdes dont les dénégateurs veulent atténuer la portée.

Je vous propose de commencer par le document du Ministère de l'Information Français en date du 8 septembre 1945. Ce document est très frais puisqu'il est publié moins d'un an après la libération du camp et de Strasbourg, et contient un assez grand nombre d'inexactitudes que je tâche de signaler au passage; mais il donne d'emblée une vision globale de ce qu'était le camp.

Les éléments sur la façon dont les prisonniers étaient maltraités, punis, suppliciés, ne sont pas très spécifiques au camp du Struthof; la plupart des camps allemands «bénéficiaient» du même genre de régime.

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